29 févr. 2016

L’Enfant Libre et les organisations positives

Rubrique : organisations positives

L’Enfant Libre et les organisations positives



Parmi les concepts classiques de l’analyse transactionnelle celui de l’Enfant libre est particulièrement intéressant, parce qu’il décrit ce qui est chez nous une source importante d’énergie et de changement, de créativité et de liberté.
Pour Carlo Moïso l’identité autonome est constituée de l’Adulte et de l’Enfant Libre. L’Enfant Libre, c’est la part de nous-même qui n’est pas adaptée à une norme parentale ou éducative. C’est l’Enfant dans sa liberté, en dehors du regard des parents (réels ou introjectés).
Lorsqu’elle est en lien avec son Enfant Libre (ou Enfant Naturel pour certains auteurs), une personne a accès à l’expression des variations de ses sensations primaires, de ses ressentis physiques et affectifs. Ceci qu’il s’agisse de la peur, de la tristesse, de la détresse liée à la séparation, de l’amour, de l’excitation, de la joie ou du plaisir et de la colère. Il nous indique également la sensation de manque, de faim, de satiété, de fatigue, nous lie à nos vrais besoins. Au travers de ces ressentis, nous sommes informés de nos besoins, de nos désirs, du confort et des tensions que nous vivons. Dans L’Enfant Libre la personne va avoir des comportements et des attitudes qui lui permettent d’obtenir ou de trouver des réponses à ses besoins physiques et psychologiques (besoins liés à la  survie : manger, boire, dormir par exemple ; besoins relationnels, besoins de développement, besoin de stimulation, besoin de repos, besoins existentiels).

Exprimer son Enfant Libre


Lorsqu’elle exprime son Enfant Libre la personne est spontanée, créative, montre de l’énergie. Elle peut également être exubérante, libre, ouverte, émotionnellement impliquée. Elle va partager ses ressentis (j’aime, je n’aime pas), elle montre sa curiosité, son envie de comprendre, va questionner le sens de l’action (pourquoi, pourquoi ?). Elle cherche à comprendre comment les choses fonctionnent, pourquoi elles se passent de telle ou telle manière, elle peut remettre en cause ce qu’on lui dit, elle explore son environnement. C’est l’Enfant Libre qui va démonter le réveil pour comprendre comment il fonctionne. Dans l’Enfant Libre la personne cherche à faire par elle-même, met en avant son envie d’être avec les autres, de partager.
Les comportements, les actions qu’elle réalise sont corporellement investit. De l’extérieur, on n’observe pas d’inhibition ou de rétention des gestes, des paroles. Pensées, sensations, comportements sont libres.
L’Enfant Libre ouvre la possibilité du jeu, du faire semblant, de l’écoute et de l’invention d’histoires, de la rébellion positive, de la confiance, de l’humour.
Si la plupart des comportements de l’Enfant Libre sont positifs pour la personne, il y a un risque (en l’absence de socialisation satisfaisante) que le comportement soit dangereux et entraine une prise de risque, comme lorsque l’enfant poursuit son ballon qui a roulé sur la route, sans regarder s’il y a des voitures qui arrivent ; ou comme lorsque l’adulte suit son excitation et oubli les horaires, les contraintes. Les comportements de l’Enfant Libre peuvent également ne pas être acceptables en fonction de l’étiquette et du caractère du groupe dans lequel ils ont lieu. Si un de vos amis ouvre votre frigo, prend une cannette de soda sans vous le demander, l’ouvre et la boit, il est peut-être en train de prendre soin de ses besoins, mais il n’a pas évalué le contexte, ni la risque de vous importuner.
Pour Éric Berne : « l’Enfant naturel se manifeste par des formes indépendantes {des figures d’autorité} de comportement comme l’esprit de rebellion ou l’indulgence envers soi-même. Il se distingue de l’Adulte indépendant par la prédominance de processus mentaux archaïques et par une épreuve de la réalité de type différent. L’Enfant « en bonne santé » a pour véritable fonction de motiver l’élaboration des données et la programmation de l’Adulte, de manière à obtenir la gratification la plus grande possible pour lui-même. »

Forces existentielles


Pour Carlo Moïso[1] l’Enfant naturel est agit par trois forces : le besoin de s’individuer, le besoin d’appartenir et le besoin de devenir (Be, Belong, Become) et ces trois forces nous amènent éventuellement à nous adapter pour être confirmé dans notre identité (être), pour appartenir à notre famille ou groupe social (Belong) et à devenir ce qui est attendu de nous (Become). Mais ces forces au service de l’Enfant Libre sont incroyablement efficaces pour développer notre autonomie et vivre bien. L’affirmation de soi, le partage de nos besoins, désirs, idées, l’expression de notre cadre de référence, de nos valeurs confirment notre identité (Be) ; la spontanéité, l’authenticité et l’intimité développent la qualité de nos relations et l’appartenance (Belong) ; la créativité, la curiosité, l’intérêt pour le fonctionnement du monde nous soutiennent dans notre développement (Become).

Système d’adaptation


L’homme étant un animal social, pour pouvoir vivre en groupe et au sein de sa communauté d’origine, il apprend à s’adapter aux figures d’autorité de multiples manières :
  • obéissance aux ordres, aux limitations imposées par les éducateurs (ex interdiction de parler à table),
  • intégration des valeurs centrales de nos parents et de la culture (consommation, image de la femme, image de l’homme, du couple, de la manière dont on éduque les enfants, image de la réussite),
  • redéfinition de nos propres désirs remplacés par des désirs proposés par l’extérieur,
  • dévalorisation de nos héros, de nos choix, de nos rêves.
Tout ceci se fait en partie au détriment de nos valeurs (ce qui est important, essentiel pour nous) et de nos désirs. L’Enfant Adapté nous accompagne ainsi tout au long de notre vie. Si l’Enfant Adapté est utile pour la vie en société, il nous éloigne de nos désirs et de nos attentes, de notre créativité, de notre autonomie et nous fait rechercher des solutions expérimentées, même si elles ne sont pas garantes de progrès.
L’Enfant Adapté se compose des comportements et des attitudes qui sont en adaptation aux autres ou à des parties de nous-même. L’Enfant adapté exprime des émotions qui sont des substituts aux émotions réelles ressenties par l’Enfant Naturel, comme lorsque l’enfant en colère, exprime de la tristesse qui est acceptable dans son environnement, alors que la colère ne l’est pas. L’Enfant adapté se présente sous une forme compliante, obéissante, acceptant les ordres, les contraintes, les définitions du monde, les étiquetages (nommé en français : Enfant Adapté soumis) et peut également se présenter sous une forme rebelle. L’Enfant Adapté est nécessaire pour permettre la vie en société. Par exemple vous pouvez laisser la place à une personne plus âgée dans le bus par éthique ou le plus souvent parce que cela fait partie de la politesse (codes sociaux appris et appliqués par l’Enfant Adapté).
Pour certains auteurs l’Enfant libre sait naturellement ce qui est bon pour lui, c’est l’adaptation qui nous amène à ne plus savoir, il nous suffit alors de rencontrer notre Enfant libre pour pouvoir nourrir notre décision.

Quel est l’intérêt de développer l’Enfant Libre dans les organisations ?


L’expression de l’Enfant libre dans l’organisation diminue l’obéissance, diminue l’adaptation aux contraintes mais présente plusieurs intérêts :

·       Le développement de la motivation et de l’énergie présente dans le groupe, au travers de la possibilité d’exprimer ses désirs, ses rêves, ses sentiments par rapport à la tâche, à la relation entre les personnes, au fonctionnement du groupe, à l’objectif. Chaque possibilité d’expression développe le sentiment de puissance de la personne et la croyance dans sa capacité à intervenir sur son propre avenir.

·       Le développement de la créativité par l’investissement d’un état du moi (présent chez chacun d’entre nous mais pas nécessairement activé) qui a pour principe de rechercher de nombreuses options, de faire du lien entre les idées, les concepts, d’investir l’imaginaire et de sortir des sentiers battus. C’est pour une part ce que visent les méthodes de brainstorming, de jeux sérieux et toutes les méthodes qui emploient les post-it, le déplacement dans la salle. L’intelligence collective ne peut se développer dans un groupe que si la créativité est présente, et que les discussions s’orientent vers la nouveauté et non la reproduction.

  • La diminution de l’adaptation, par la part de rébellion et de discussion des options, par l’accès à de nouvelles manières de penser, par l’investissement corporel. 
  • L’accès à l’intimité, la proximité relationnelle par l’accueil des sentiments et des émotions, la capacité de confiance. 
  • L’accès à une vision globale, alors que l’Adulte a plutôt une vision analytique. La découverte de nouvelles solutions, créatives, non encore explorées, la recherche d’options inédites. 
  • L’accès au jeu, à des formes d’apprentissages ludiques, impliquant le corps, la création d’histoires, le jeu de clown, la théâtralisation. 
  • Le développement du plaisir : « la vie vaut la peine d’être vécue », ce qui permettra de renforcer notre batterie à énergie positive
Lorsque l’on considère que l’accompagnement d’une personne, d’un groupe, d’une organisation passe  par le développement d’une prise de conscience sur les facteurs influençant la situation et l’action possible sur ces facteurs (compréhension du système fermé / mise à distance / analyse de la relation avec le problème)  … et … par la recherche de nouveaux degrés de liberté, l’augmentation du nombre de choix ; permettant un retour vers un système ouvert vivant, le changement apparaît ne pouvoir passer que par un investissement de l’Enfant libre dans ce changement.

Comment contacter l’Enfant Libre ?


Le jeu : lorsque la personne adulte accepte de jouer, elle peut retrouver et investir une partie de l’Enfant Libre. Les icebreakers, les energizers employés dans les rencontres en groupe participent de cet investissement de l’Enfant Libre dans l’action.

Le travail avec les métaphores, les contes, le photolangage, le dessin, la pensée non dirigée, l’intuition, les techniques de créativité. Nous proposerons des techniques d’accompagnement dans de prochains posts.

Le travail avec le héros[i], décrit dans un autre post de ce blog. Chacun d’entre nous enfant a choisi des héros qui peuvent nous apporter de nombreuses solutions à des problèmes.

Quelques pistes pour laisser de la place à l’Enfant Libre dans les organisations


Un manager qui souhaiterait laisser de la place à l’Enfant Libre pourra adapter l’environnement de travail et créer des processus de relation adéquats, il y a de grandes chances qu’il réponde ainsi aux besoins de motivation des jeunes de la génération Y. Il pourra par exemple :
  • Développer la confiance, 
  • Clarifier la structure de fonctionnement, 
  • Permettre aux personnes de mieux se connaître, laisser du temps, créer les occasions de la rencontre 
  • Adapter l’étiquette et le caractère (développer des espaces de liberté) 
  • Développer les espaces de jeux ludiques dans la création des connaissances (serious games – jeux de rôles), 
  • Utiliser les techniques de facilitation dans le travail des groupes, 
  • Participer à la création de poésies, de chansons célébrant les réussites, le traitement des difficultés, 
  • Développer le plaisir dans les actions, le plaisir rend facile ce qui est, 
  • Permettre le partage des émotions liées à l’activité, 
  • Développer les échanges de feed-backs, de signes de reconnaissance.
Daniel Chernet
Coach
Facilitateur du travail d'équipes

Formateur et Superviseur de coachs
2016



[1] Le seul article que Carlo Moïso ait écrit sur sa manière de décrire et d’étudier l’identité des personnes  s’appelle : besoins d’hier et besoins d’aujourd’hui – Editions d’AT – Lyon ; pour un développement sur le thème du diagramme des identités : http://journal-coach.blogspot.fr/2013/10/le-diagramme-des-identites-de-carlo.html




[i] http://journal-coach.blogspot.fr/2013/09/le-modele-des-identites-de-carlo-moiso.html

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