16 janv. 2013

Petites souffrances de coach (1) "Vous avez un don"


Rubrique : posture et outils du coach



Petites souffrances de coach (1)

"Vous avez un don"




J’ai l’occasion, au travers des supervisions de coach que je mène, d’approcher des souffrances que le coach vit dans l’exercice de son métier (ou quelquefois dans son statut d’indépendant). J’ai décidé de présenter certaines de ces petites histoires pour rendre compte de notre métier, de nos limites et bien sûr rendre compte de ce qu’est la supervision. Il va de soi que les cas sont mis à distance par un changement de nom, de situation, si certains d’entre vous pensent se reconnaitre, il est possible que vous ne soyez pas seul à vivre des situations difficiles ;-)). La première situation que je vous propose touche à l'identité et à la reconnaissance.


Nadine est coach, elle a une belle expérience de la vie, beaucoup d’énergie créative, des modalités d’intervention variées et, elle est capable de demander de l’aide lorsque cela ne va pas dans sa vie ou son métier. Ce jour là, à la fin de la séance, sa cliente lui dit « Nadine vous avez un don. Vous êtes vraiment faite pour ce métier ». Et ce qui se voulait un compliment vient percuter l’identité professionnelle de Nadine qui sent monter la colère fortement.

Elle abrège la fin de la séance, et dans sa voiture laisse éclater sa colère. Un certain nombre de pensées sont présentes :
  • je n’ai pas de don, j’ai crapahuté 14 années en thérapie ;
  • j’ai cherché ma voie, je me suis trompée, j’ai vécu de l’errance, avant de trouver ce qui me convient comme métier, comme posture ;
  • j’ai fait des centaines d’heures de formation, appris l’analyse transactionnelle, la PNL, développé mes compétences en systémie, en écoute active ;
  • j’ai élevé deux enfants, je me suis engagée dans leur éducation, j’ai beaucoup appris au travers eux,
  • j’ai travaillé pendant 10 ans comme cadre dans une entreprise de haute technologie ;
  • j’ai réfléchi à qui je suis, j’ai appris à me connaître ;
  • j’ai réfléchi à la relation, à ma position dans les contrats triangulaires, à ma posture ;
  • j’ai cherché à comprendre mes valeurs, à aligner mes réactions à ses valeurs ;
Décidément, non, se dit Nadine, je n’ai pas de don, j’ai une expertise et je tiens à ce qu’elle soit reconnue.

Il est possible que cette colère cache un élément psychologique lié à l’histoire de vie de Michèle (pour elle « tout était facile » lorsqu’elle était étudiante contrairement à ses deux sœurs qui « ramaient » selon la terminologie familiale) ; mais ce qui émerge de la supervision va dans trois directions :
  • Comment Nadine peut elle apprendre à valoriser son expérience, à parler d’elle, de son parcours, avec ses clients lorsque cela est adapté ?
  • Comment en thérapie peut-elle identifier de qui elle attend la reconnaissance de son métier sans pouvoir en avoir ?
  • Comment Nadine peut elle dans une situation analogue profiter de l’événement pour en tirer un profit en coaching ?
Une des pistes que Nadine retient est celle du développement de la curiosité (c’est un principe de base de la thérapie narrative), elle aurait pu (si elle n’avait pas été impactée sur un plan émotionnel) mettre en œuvre sa curiosité naturelle et explorer avec la personne ce que celle-ci appelle un don, quelles croyances elle a concernant elle-même et les dons qu’elle a reçu ou n’a pas reçu (cette croyance un peu magique peut nous empêcher de chercher à progresser – « je ne suis pas doué pour les maths » pouvant facilement signifier, je ne ferais pas d’effort pour chercher à progresser) ; quelles sont les histoires qu’elle se raconte concernant la place des dons dans la vie : quels dons elle aurait souhaité recevoir ? Quels dons elle met en oeuvre dans sa pratique ? Quels sont les dons qui lui seraient utiles pour résoudre la situation qu'elle vit comme difficile ?

Une autre piste qui émerge est celle de la curiosité concernant le processus, en entrant dans le cadre de référence de la cliente à propos des dons et en cherchant à enrichir la qualité de la relation. Qu’est ce qui chez moi vous amène à penser que j’ai un don ? Comment pourriez vous nommer ce don ? En quoi ce don vous aide t-il à vous développer, à progresser ? Comment pourriez vous vous aussi cultiver ce don ?

Pour Nadine, la fin de la supervision l’amène à se répéter combien chaque événement qui nous touche est une belle occasion de croissance.
Daniel Chernet
Coach
Facilitateur du travail d'équipes
Formateur et Superviseur de coachs
2013

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