15 mai 2012

Coacher un ami


Rubrique : posture et outils du coach


Coacher un ami


Des risques ?


D'une manière générale les coachs (et peut être particulièrement les analystes transactionnels) disent que coacher un ami est difficile, pour plusieurs raisons :

  • parce qu'on risque de ne pas le confronter si cela devient nécessaire (pour le protéger) ; par exemple, lorsque l’on voudra lui pointer son implication dans la difficulté rencontrée, pour qu’il puisse prendre conscience et modifier ses comportements pour atteindre ses buts. A ce moment, une petite voix intérieure ou une émotion peut nous faire reporter la confrontation, le soulignement du comportement problématique (comme aurait dit Carlo Moïso). Certains d’entre nous peuvent avoir une petite croyance interne du style : ‘on doit protéger ses amis’ ; ‘le respect c’est d’être gentil (au lieu d’être vrai)’ ; ‘si tu veux conserver des amis, choisis tes mots’. Dans ce cas, nous allons sans doute nous retenir et ne pas avoir le même type d’interactions qu’avec un client classique, hors du lien d’amitié.
  • parce qu'il risque de ne pas faire part de ses vraies difficultés ou de sa part dans les problèmes (position de victime). Etes-vous sûr de pouvoir parler de ce qui vous gène, vous met en porte à faux, vous fait plus ou moins honte à un ami ?
  • parce qu’il n’est pas aisé de garantir une confidentialité totale à un ami. Est-ce que je suis sûr de ne pas lâcher une information issue de la relation de coaching dans une autre occasion, en ayant simplement omis d’où venait l’information.
  • parce qu'on risque de rentrer dans le sauvetage (rechercher des solutions à sa place), c’est ce que l’on appelle la sympathie (ressentir avec). Un exemple personnel, lorsqu’il y a quelques années mon épouse revenait le soir avec un nouvel épisode des aventures de sa relation avec son supérieur hiérarchique, j’avais bien du mal à éviter d’être touché, en colère, dans la peine lorsqu’elle me racontait ses histoires. Et bien sûr j’avais plein d’idées sur ce qu’elle aurait du faire pour se sortir de la situation.
  • parce qu'on risque de faire plus du conseil que du coaching par proximité relationnelle. Généralement les amis (c’est fait pour ça) ne se privent pas de conseils (d’amis), ‘je te dis ça pour ton bien’ ; même si l’on est coach on peut avoir du mal à maintenir la distance relationnelle nécessaire à l’exercice.
  • parce que le contrat psychologique entre les deux peut être "soutiens moi" au lieu de "aide moi à changer". La relation qui existe avant l’accompagnement repose sur une idée de soutien, ‘les amis sont là pour ça’. Quand ça ne va pas on va voir des amis, non ? Dans la relation de coaching, le soutien a sa place, mais l’aide au changement est généralement bâtie sur des recherches d’options, de nouvelles manières de voir le monde, l’identification et la modification de certaines croyances.
  • parce que le double lien peut avoir des retentissements sur le lien primal : en clair, il y a un risque de ne plus avoir d'ami si la relation se passe mal. La relation professionnelle protège de cela, en mettant un lien d’argent qui cesse avec la fin de la relation. Si le coaching n’a pas été satisfaisant, la relation ne reprendra pas, il y a peu de blessures pour chacun des acteurs.
  • parce que l'Adulte risque d'être moins présent quand le PNr (Parent Nourricier) ou l'EL (Enfant Libre) sont plus présents... Les émotions liées à la relation d’amitié vont venir ‘troubler’ la conscience Adulte des faits.
  • parce qu’il n’est pas facile de fixer un « prix d’ami ». Le risque d'un prix d'ami c’est que le client ne se sente pas valorisé car il paye moins que les autres, (il peut fantasmer d'être moins bien traité), que le coach ait une réticence interne à se faire payer, ou bien qu’il ne se sente pas totalement reconnu dans un tarif plus faible (la notion de juste rétribution de Claude Steiner).

A chaque coach de faire une petite introspection et de voir si il partage ces craintes (son évaluation des risques peut être bien différente de celle que je viens de faire) ou si il pense qu’il peut fonctionner sans mettre en œuvre ces systèmes relationnels de protection mutuelle. Il peut aussi être utile de voir si l’ami en question est un ami très proche ou un ami professionnel. Les relations ne sont pas les mêmes, les risques relationnels non plus.

Les amis sont bien utiles et peuvent tout à fait nous aider à nous sortir d’une situation délicate, mais la relation d’amitié ne me semble pas être une relation de coaching professionnel. En ce qui me concerne j'évite les doubles liens (par exemple je ne prends pas en thérapie mes clients en formation ou en coaching, je ne coache pas mes amis), mais d'autres analystes transactionnels n'y voient pas d'inconvénient ou tout au moins ne l'exclue pas.

Le point de vue de Jacques Moreau[1] est que les doubles liens existent dans de très nombreuses situations organisationnelles et qu’il est souhaitable que nous sachions construire des contrats et des modes de régulation qui permettent de travailler dans le cadre de ces doubles liens.

Tout ce que nous venons de voir dans cette première partie de post repose sur une posture spécifique du coach : la posture de clinicien (qui tire un diagnostic de ce qu’il observe des comportements ou des narrations du client et organise son intervention d’une manière stratégique)[2]

Si nous changeons complètement de point de vue, de paradigme, et si nous nous rapprochons des pratiques narratives, il est tout à fait possible de coacher un ami.  

Coacher un ami : comment ? 


En partant du principe que ce que notre ami nous présente est une narration de sa réalité, sous l’influence d’histoires dominantes de problèmes ; que nous ne pouvons pas la comprendre sans mettre en application un principe de curiosité, qu'il s'agisse d'un ami très proche de nous ou non. Les principes narratifs sont mis en application lors de conversations qui visent la découverte par le client de nouvelles histoires de sa vie (qui apparaissent sous forme de fines traces dans le récit de ses expérience), contribuant à mettre en œuvre son histoire préférée. Dans ces interventions, la relation est centrée sur un questionnement précis et respectueux qui peut être le fait d’amis comme de tiers. 

Merci à Pierre Osella, un consultant grenoblois pour m’avoir suggéré ce post.


[1] Communication personnelle.
[2] Loin de nous l’idée d’une hiérarchie des méthodes, chaque méthode présente ses avantages et ses limites, l’analyse transactionnelle tient une part importante dans le champ des organisations, car elle peut donner aux managers des concepts et des modèles qui sont efficaces, permettent de développer des comportements éthiques  et facilement partageables et qu'elle permet l'analyse de très nombreuses situations (particulièrement avec l'aide de la TOB : théorie organisationnelle de Berne).



Daniel Chernet
Coach
Facilitateur du travail d'équipes
Formateur et superviseur de coachs
2012

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