1 mars 2012

Honte et sentiment d'inadéquation (3) aspects psychologiques

Rubrique : posture et outils du coach


Honte et sentiment d'inadéquation (3)
Aspects psychologiques



Dans les processus de coaching et de thérapie, il n’est pas toujours aisé d’amener le client à voir sa part de responsabilité dans la situation problématique qu’il amène. Quelquefois, il semble accepter la découverte de son implication, mais rapidement cette situation semble générer des difficultés nouvelles.

Un des risques est que le client ne se croit pas ok (dans le définition de l’analyse transactionnelle de l’okness, c'est-à-dire la valeur inconditionnelle de la personne, même si ces actes ne sont pas acceptables ou génèrent de la souffrance chez lui ou chez les personnes avec qui il est en relation), lorsqu’il présente ses difficultés. Il peut rêver d’être mieux, être gêné de se dévoiler. Souffrir de sa non perfection. Et alors ne plus montrer au thérapeute ou au coach ce qui est le plus important pour lui, ses difficultés réelles, le masque reprend sa place.

Chacun d’entre nous a une image idéale du soi, constituée dans la relation aux autres, dans le système éducatif. Nous cherchons à nous rapprocher de cette image ce qui nous amène à un contrôle de nos comportements (perte de la spontanéité) et pour certains à des critiques fréquentes de nos propres actes.

Certaines personnes peuvent ainsi être très critiques envers elles-mêmes, par des petites voix internes négatives et jugeantes, ou rappelant la norme attendue (tu devrais maigrir ; il est temps que tu appelles ta mère ; comment ça se fait que tu ne saches pas encore cela ; vraiment nul ton histoire ; tu ne vas quand même pas partager tes écrits, ils sont bien trop imparfaits…). Prenez le temps de faire votre petite liste de phrases « anti-vous » et vous verrez à l’œuvre ce que d’aucun appellent le saboteur interne.

Richard Erskine dans son enseignement sur les états du moi, propose de s’intéresser au travail de Fairbairn (psychanalyste écossais du 20ème siècle) et de Guntrip (psychanalyste anglais, élève de Fairbairn). Ces deux auteurs rejettent la théorie freudienne des pulsions et proposent une nouvelle structure du psychisme comprenant un moi central, un moi libidinal et un saboteur interne. Cette théorie a été mise en image par Richard Erskine, elle très intéressante pour comprendre le sentiment d’inadéquation et sa naissance. Je ne retiendrais dans ce post que les éléments centraux de cette théorie.

Première étape : l’enfant est au monde, son Moi est nommé Moi libidinal, il n’est pas encore modelé par l’éducation, ses désirs émergent, sont médiatisés par les pleurs, les sourires, les actions et prennent la place principale de sa vie. L’enfant n’a pas encore connu de négligences, de punitions, de pression d’exigences.

Seconde étape de la vie : l’enfant se construit en relation avec son environnement, il prend conscience de ses limites, de la nécessité répondre à la pression externe pour être acceptable, il débute alors la construction d’un masque social. Il commence à penser et à se comporter de façon à répondre aux attentes de ses parents et à ce qu’il croit que l’on attend de lui.


L’enfant présente alors deux Moi (ces facettes de lui-même sont observables comportementalement) : le Moi libidinal et le Moi social. Le Moi social présente à partir de ce moment la facette attendue par l’environnement (comportements adaptés), ce qui met en retrait de la relation le Moi libidinal. Mais il n’est pas possible pour l’enfant de rester en permanence dans son Moi Social, le Moi libidinal prend régulièrement le dessus et les désirs de l’enfant émergent dans des situations qui seront critiquées par les parents ou l’environnement. 


L’enfant construit alors un Moi antilibidinal qui va avoir pour objectif de maintenir le Moi libidinal sous contrôle.

Georges a maintenant 60 ans, lorsqu’il est enfant son père possède un garage automobile dans la banlieue d’une grande ville, l’espace est grand autour du garage et peuplé de très nombreux objets passionnants pour un petit garçon féru d’exploration et de découvertes : carcasses d’automobiles, pièces détachées, vieux pneus. Il a alors 3 ans et s’empare d’allumettes (à l’époque il existe encore des allumettes au phosphore qui prennent lorsqu’on les frotte) pour mettre le feu à de vieux déchets qui eux-mêmes enflamment les pneus. Son père arrive et lui administre une correction qui marque encore Georges plus de 50 ans plus tard. Il a le souvenir de son incompréhension. Il avait envie de découvrir et il se fait punir. Cet évènement marquera (avec d’autres du même acabit) Georges et sera un évènement fondateur de la constitution de son Moi antilibidinal. Pendant très longtemps Georges s’est senti incapable de créer, d’avoir de l’imagination. Dès qu’une demande d’imagination émergeait, il avait une pensée du type : « ce n’est pas pour toi, reste sur les actions pragmatiques ». Bien évidemment, la construction de la personnalité est complexe et cet évènement n’est sans doute pas le seul élément de la décision de Georges de se considérer comme on créatif.

Le moi Antilibidinal va avoir comme fonction de maintenir le moi Libidinal en retrait. Le Moi anti libidinal agit sous une forme critique qui permet l’expression d’un masque social actif. Pour rester adapté aux exigences de l’environnement, il apparait que l’enfant se critique intérieurement lorsqu’il vit des pensées qui pourraient l’amener à avoir des comportements spontanés (prendre un gâteau dans le paquet sans autorisation par exemple) qui l’amènerait à rencontrer des difficultés dans sa relation aux figures d’autorité.

Fairbairn considère que l’enfant définit les règles qu’il va respecter pour éviter d’être en pris en faute par son environnement (et ses règles peuvent être bien plus strictes que celles dictées par les parents, comme pour Marie cette jeune fille qui faisait tous les exercices de maths disponibles dans son livre de 3ème !). Pour Fairbairn, le Moi antilibidinal est une création de l’enfant, ce n’est pas un Surmoi ou un Parent introjecté comme en analyse transactionnelle, mais une construction de l’enfant qui a pour objectif d’éviter les contacts avec la violence de la critique externe, d’éviter d’entrer en conflit avec papa ou maman.

Dans de nombreuses situations, le vécu du sentiment d’inadéquation vient de la définition interne de nos propres règles et exigences. Il peut ainsi être important pour nos clients d’identifier les exigences auxquelles ils se doivent de répondre, d’identifier si elles sont en lien avec l’environnement (le Parent social, le Parent interne) ou si elles sont le résultat de décisions de l’enfant. Dans tous les cas, ces exigences sont contextuelles et il est possible d’en déconstruire une partie en comprenant le contexte qui a amené à les construire.

Trois articles sur le sentiment d'inadéquation

Honte et sentiment d'inadéquation (1) lien avec le travail
https://journal-coach.blogspot.fr/2010/10/petites-histoires-demotions-et-de.html

Honte et sentiment d'inadéquation (2) origine et accompagnement
https://journal-coach.blogspot.fr/2011/12/petites-histoires-de-sentiments-et.html

Honte et sentiment d'inadéquation (3) aspects psychologiques

https://journal-coach.blogspot.fr/2012/03/le-sentiment-dinadequation-3.html


Daniel Chernet
Coach
Facilitateur du travail d'équipe
Formateur et Superviseur de coachs
2012

Aucun commentaire: