30 sept. 2010

Les conditions d’une co-animation réussie

Rubrique : posture et outils du coach


Les conditions d’une co-animation réussie


La co-animation trouve sa place, lorsque le client en comprend les usages et en accepte le coût, dans de nombreuses interventions de team building, de régulation d’équipe ou de formation. Elle me semble indispensable dans les situations de régulation d’équipe après une phase de forte violence ou un incident grave.


Avantages et désavantages  de la co-animation.


J’emprunte quelques phrases à Isabelle Côté, citant Toseland dans « La coanimation en travail de groupe : de la théorie à la pratique » revue SERVICE SOCIAL, vol. 39, n° 3, 1990, pour définir quelques avantages de la coanimation :

  • plus grande sécurité et soutien mutuel pour les co-intervenants ; 
  • j’ai pu constater que l’angoisse d’un animateur débutant peut être grandement diminuée par la relation à une personne expérimentée, par le partage de ses émotions et sentiments avec un collègue bienveillant.
  • modèle de référence plus grand pour les clients ; 
  • chaque intervenant va présenter des éléments de son cadre de référence, les différences peuvent alors être perçues comme riches par les participants. Lors de ses co-animations avec un médecin sur le thème de la préparation à la retraite, une amie formatrice pose régulièrement des questions de compréhension, dès qu’elle observe que certains membres du groupe ne comprennent pas les termes ou ont besoin de plus d’information. Elle donne ainsi la permission aux stagiaires de ne pas tout savoir et la permission de poser des questions.
  • procure une source de soutien aux animateurs (sécurité et soutien mutuel),
  • leur permet d'obtenir rapidement une rétroaction de leur animation et favorise ainsi le développement professionnel; 
  • le retour de feedbacks est une voie de progrès importants en termes de posture, d’attitudes ; d’autant plus que ces feedbacks sont donnés par un professionnel, évitant les phénomènes projectifs des stagiaires,
  • donne une excellente source de formation à un animateur inexpérimenté;
  • procure aux membres du groupe des modèles appropriés de communication, d'interaction et de résolution de conflits ;
  • permet une complémentarité sur le plan des interventions, particulièrement dans les jeux de rôle, les simulations et autres activités d'animation ;
  • aide à structurer l'expérience de groupe. (Ex. : Deux coanimateurs ayant des formations professionnelles distinctes peuvent enrichir un groupe dont la problématique traitée nécessite de multiples connaissances.)
  • dans une vision psychanalytique : importance de deux intervenants de sexe différent comme représentation symbolique du père et de la mère ; […] la coanimation mixte a aussi comme avantage de fournir aux participants une représentation des rapports hommes-femmes basé, nous l'espérons, sur un partage égalitaire du pouvoir.

J’ajouterais :
  • la capacité à prendre du recul pour observer le processus de fonctionnement du groupe,
  • la capacité à gérer avec simplicité les situations tendues (l’un des intervenants pouvant alors céder sa place, « sortir de l’arène » comme me l’a dit un jour une formatrice),
  • la capacité à montrer comment l’on peut régler les difficultés entre soi dans une position Ok, Ok,
  • la capacité à repérer et traiter ses propres a priori, en parlant de ce qui nous gène, nous questionne dans la relation que nous avons avec un participant,
  • la capacité à éviter les accroches de jeux psychologiques avec certains participants, le second intervenant pouvant moduler une intervention, donner des nuances.
Mais la co-animation présente des risques  et des limites :


  • risque de désaccord sur des principes théoriques applicables à la situation traitée, ou à la formation réalisée ;
  • lutte de pouvoir pour prendre le contrôle du groupe (sous la forme de compétition de théorie, de compétition de position, de séduction, de relations en dehors des heures de formation…)
  • lutte de pouvoir au sein de sous-groupes par alliance avec un des animateurs et rejet de l’autre (dans une animation de team building, un collègue coach s’est ainsi retrouvé dans la position du sauveur du directeur, l’autre intervenant se positionnant du coté des cadres !).
  • compétition entre intervenants (sur le principe de ma théorie est meilleure que la tienne ; par emploi de la condescendance ; de dévalorisations)  j’ai ainsi entendu à plusieurs reprises dans une formation co-animée à laquelle je participais comme stagiaire ; après l’intervention de la formatrice assistante pour présenter les exercices « je vais maintenant vous expliquer ça de manière claire », phrase prononcée par la formatrice « en chef » ; ce type de relation dominé-dominant peut s'établir en coanimation, surtout dans le rapport étudiant-stagiaire vs superviseur.
  • désaccord pendant le déroulement du groupe amenant à couper la parole à l’autre intervenant, à dévaloriser ses apports, à l’empêcher de faire une intervention.
  • exigence en termes de temps et d'énergie (rencontres préparatoires, rencontres d'évaluation),
  • contamination du second formateur par l’anxiété, le niveau de surexigence, le rythme pressant du premier formateur.


Avantages ou désavantages vont ainsi de pair avec les conditions  d’organisation que l'on se donne pour faciliter l'exercice de la coanimation.

Créer la collaboration avant le démarrage de la formation, de l’intervention.


Pourquoi coanimer ?


La co-animation doit avoir pour objectif de faciliter le processus du groupe et d’enrichir ses pratiques. Heap (1987) cité par Coté (article cité) précise « qu'aucune décision de coanimation ne peut être prise qui ne se fonde sur la primauté des besoins et des sentiments des membres et sur le respect du processus de groupe ». Une question devient alors centrale : « Est-ce que cette coanimation facilitera le processus de groupe ou, au contraire, est-ce qu'elle le gênera ? ».

Avec qui coanimer ?


Si la décision de co-animer est prise, la question du choix de la personne avec qui l’on va réaliser l’action se pose, les psychologues qui se sont penchés sur la question ont des propositions divergentes allant de choisir une personne de même grade / formation / style d’intervention, à choisir quelqu’un qui diffère par de nombreux points : genre, formation, grade… Notre idée sur ce thème est qu’il est intéressant de choisir quelqu’un de différent, voire de plus expérimenté pour aller plus loin dans notre pratique.


Partager les raisons du choix


Dans tous les cas de coanimation, ce qui est central est l’ajustement des représentations et la création de la collaboration entre les deux personnes qui se sont mutuellement choisies.
-  Pierre, un coach désormais aguerri, a dans son jeune temps de consultant eu l’occasion de co-animer avec des personnes qu’il n’avait pas choisies et qui ne l’avait pas choisi, il a ainsi passé une grande partie des journées de formation derrière son ordinateur à attendre qu’on lui donne la parole. Dans ce cas, il avait choisi la meilleure attitude pour éviter la compétition face au groupe et éviter de faire échouer la formation, au prix de son renoncement à apporter des éclairages qui auraient pu être intéressants pour les stagiaires.

Il est ainsi important de partager les raisons qui nous poussent à choisir de coanimer, et de collaborer avec l’autre animateur et de partager ses craintes :
-       ce que j’aime chez toi,
-       les compétences que je te connais,
-       ce qui m’a amené à te proposer cette coanimation,
-       ce que je sais de moi qui pourrais te gêner,
-       ce que je sais de toi qui pourrais me gêner…


Partager nos enjeux, les enjeux de la situation


Quels sont les enjeux de la coanimation pour chacun : gagner un client, diminuer la pression de l’action, diminuer les risque par rapport au groupe, monter en compétence… Quelles sont nos craintes par rapport à cette coanimation, à ce groupe ? Quels sont les risques ? Quelles sont nos zones de fragilité (la séduction, la compétition, la colère, les conflits dans le groupe…). Quels sont les objectifs communs ?


Partager notre imago concernant le client, le groupe


Quelles sont les relations de chacun avec le client ? De qui est-ce le client ? Qui a-t-il contacté ? Si j’ai le contact avec le client, comment je t’ai présenté à lui, que lui ai-je dit de toi ? Qu’a-t-il dit du choix du coanimateur ? Quelle garantie j’ai donné ?

Partager notre vision des règles


L’absence de sanctions éventuelles fait qu’il y a peu de règles possibles dans la co-animation, mais il est nécessaire de fixer des normes de fonctionnement, de se proposer mutuellement des éléments de protection : s’interdire les discrédits de l’autre intervenant ; s’interdire de se couper la parole, sauf situation de jeux psychologique avec le groupe ; gérer les problématiques de confidentialité envers le client, les membres du groupe. Quelle information si un stagiaire, un participant s’adresse à nous dans une pose ? Quelle attitude si le client demande des informations sur les comportements du coanimateur ?


Partager le leadership


Définir qui est leader sur chaque séquence et pourquoi, si la situation s’y prête le nommer devant le groupe, clarifier l’activité de l’autre pendant ce temps, assurer du confort en donnant le temps du souffle, de l’observation du groupe, de l’observation du coanimateur.


Prévoir les modalités de régulation, de traitement des difficultés


Prévoir les temps de régulation, de traitement des difficultés, d’échange de signe de reconnaissance. Echanger sur ce qui se passera en dehors du groupe (a quel moment on se retrouve, est-ce qu’on peut manger à une autre table que le groupe, qu’est-ce qu’on fait pendant les pauses, quels signes on se fait pour se parler, ou pas… Décider du tiers acceptable par les deux animateurs en cas de besoin de régulation ou de supervision.

Partager des informations sur nos comportements sous stress, de nos attitudes non verbales


Comment nous comportons nous sous stress, quels sont nos besoins dans ce cas, comment nous le dire, que faisons-nous en cas de stress évident de l’un ou de l’autre ?


Pendant la coanimation,


Bien sûr, pendant la coanimation, il est important de se sourire, de se regarder, de se parler, de se donner des signes de reconnaissance publics. Et aussi, de prendre le temps de souffler ensemble, d’apprécier les résultats.

J’attends avec impatience vos contributions et commentaires ; racontez moi vos expériences, vos propositions, vos histoires…


Daniel Chernet
Coach
Facilitateur du travail d'équipes
Formateur et Superviseur de coachs
2010

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