22 févr. 2009

Dire au revoir, une méthode d'ajustement d'imago des groupes

Rubrique : Posture et outils du coach



Dire au revoir, une méthode d'ajustement d'imago des groupes



Merci à Richard Erskine pour l'importance qu'il accorde aux "good -goodbye"



Dans les groupes de thérapie, à de rares exceptions près (lorsque le patient part sans explications après une parole malheureuse du thérapeute ou une interprétation scénarique de la part du client), que certains nomment 'passage à l'acte' et d'autre 'souffrance extrême', les personnes sortent du groupe après un processus de "désinclusion" ou d'au-revoir. 

Dire au revoir est un élément important pour :

  • boucler la gestalt (la forme), représentant la relation depuis le jour de la première rencontre avec ce groupe spécifique, jusqu'à ce jour.
  • restituer à chacun quelques timbres psychologiques (des émotions qui n'ont pu être exprimées), qu'il s'agisse de timbres dorés de plaisir, de joie, d'amour, de tendresse ; ou de timbres marrons ou rouges de colères, de peines, de tristesses. Il s'agit de faire part des éventuelles blessures que l'on ne pourra pas 'digérer' sans que l'autre ne reconnaisse la souffrance causée.
  • clôturer la relation en cours avec le thérapeute (le leader du groupe),
  • boucler les attachements au sein du groupe pour permettre de se ré-attacher ailleurs.

Bien dire 'Au-revoir' aux membres du groupe (et cela s'applique également aux groupes de formation, de supervision, aux équipes de travail...) peut se faire au travers d'une stimulation de la part du leader.

  • Dites à X, en quoi le fait de l'avoir croisé a changé votre vie. Ce peut-être très léger, presque minuscule ou très important pour vous. La taille de l'impact n'est pas la chose importante ici, c'est l'impact sur vous de cette rencontre qui a du sens.
  • Cherchez trois qualificatifs ou mots qui caractérisent votre relation avec X et dites-les. (On pourra alors laisser ces mots sans paroles et explications complémentaires ou préciser par quelques mots les choix réalisés). Une variante est de choisir des mots qui caractérisent la vision qu'à chacun de X.
  • Prenez le temps de vous souvenir d'une anecdote ou d'un grand moment vécu avec X. Partagez ce souvenir avec lui.

Le retour (X parle de chacune des personnes présentes) peut se faire avant la parole du groupe ou après. J'aime mieux que la personne qui part parle en premier, pour éviter qu'elle ne mette en oeuvre de manière consciente ou non un système de rétribution de chacun à la hauteur de ce qu'il a dit.
Lorsque le fonctionnement du groupe le permet, un niveau d'intimité (de proximité relationnelle et émotionnelle) se créé.

Lorsque la personne en question est décédée pendant une intersession, le travail symbolique peut être le même que celui décrit précédemment ou centré sur la question suivante :
  • Qu'est-ce que vous gardez de précieux de X ?
Dans le cas d'une personne disparue, j'utilise souvent une métaphore pour permettre la libération de la parole, surtout lorsque les personnes n'ont pas l'habitude d'exprimer des émotions (une métaphore s'adresse directement à l'état du moi Enfant) :  la métaphore de l'empreinte corporelle. Chacune des personnes que je rencontre va me marquer et cela peut varier d'une simple empreinte de pouce sur le dos de ma main qui va s'effacer rapidement, à une véritable étreinte ou encore comme un corset, comme une douce veste...

Dire au-revoir à un manager


En ce qui concerne les relations avec le leader, un exemple de démarche pourrait être le suivant :

  • Quand m'as-tu rencontré ?
  • Qu'est ce que tu imaginais de moi ? Comment m'imaginais-tu ?
  • Quels sont les moments difficiles ou douloureux que tu as vécu avec moi ?
  • Quels sont les moments les plus agréables ?
  • En quoi est-ce que j'ai pu contribuer à ce que tu atteignes tes objectifs ?
  • Est-ce qu'il y a quelquechose que j'aurais pu ou du faire pour toi et que je n'ai pas fait ?
  • Au final quelle est l'image ou l'histoire que tu gardes ?

Bien sûr, le leader ne pose qu'une question à la fois et il vérifie qu'il et capable d'entendre ce que la personne veut lui dire, sans justification, avec une simple acceptation de son point de vue, un étonnement et une curiosité sincère.

Quand au leader, il mettra en évidence en quoi la personne a été précieuse pour lui (la relation avec cette personne était nécessairement spécifique, la description positive de cette spécificité renforce la relation et l'estime de soi de la personne).

Lors de ce travail, effectué en présence de l'ensemble des membres du groupe, chacun réalise pour lui un travail d'ajustement d'imago (la représentation mentale de ce que le groupe est / devrait être ; l'image intérieure du groupe que chacun se crée lorsqu'il participe à un groupe). L'ajustement d'imago passe dans ce cas par une meilleure connaissance du leader, parcequ'on le voit réagir, on l'entend parler de ses propres émotions, on comprend mieux ce qui est important pour lui. la clarification de la relation avec la personne qui part, donne également à chacun l'occasion de visiter ses propres relations au leader du groupe.

Pour aller plus loin 

Daniel Chernet : ajustement d'imago et processus de groupe
https://journal-coach.blogspot.fr/2012/05/ajustement-dimago-et-processus-du.html

Daniel Chernet : ajustement d'imago vers la cohésion
https://journal-coach.blogspot.fr/2008/04/de-lajustement-dimago-1.html

Daniel Chernet : l'intimité dans les groupes (1)
https://journal-coach.blogspot.fr/2012/09/lintimite-dans-les-organisations-1.html

Daniel Chernet : l'intimité dans les groupes (2)

Daniel Chernet : l'intimité dans les groupes (3)



Daniel Chernet
Coach
Facilitateur du travail d'équipes
Formateur et superviseur de coach
2009

Aucun commentaire: