1 mai 2008

L'ajustement d'imago dans les groupes : vers la cohésion


Rubrique : posture et outils du coach


L'ajustement d'imago dans les groupes

Vers la cohésion



Parmi les apports majeurs d'Eric Berne (EB) figure le concept d'ajustement d'imago. L'intérêt central de ce concept est d'éclairer avec simplicité les relations complexes de chaque individu au groupe, au travers de l'évolution de sa représentation de la structure, des objectifs et des modes de fonctionnement, des membres et principalement de ses relations avec le leader du groupe. L'imago est un concept de la psychanalyse qui a été défini au début du siècle dernier par Jung.
Concept décrivant l'image maternelle, paternelle ou fraternelle en terme de complexes structurant la psyché humaine. C'est le personnage interne que l'enfant s'est fabriqué, prototype inconscient d’un personnage qui va orienter toutes ses relations aux autres par la suite. Ce qu’on pense, ce qu’on ressent d’un individu n’a rien à voir avec la réalité. Ainsi l’Imago de la bonne mère s’exprime dans le personnage de la fée, tandis que l’Imago de la mauvaise mère sera représenté par la sorcière.(1)

J’ai pris le parti de considérer l’imago au féminin en suivant les recommandations du dictionnaire (Petit Robert) qui dit : "Prototype inconscient acquis dans l’enfance par le sujet, survivance imaginaire d’un participant de sa situation interpersonnelle".

Eric Berne va utiliser ce concept et va l'étendre de la relation duelle (l'imago de la mère vient perturber les relations de tout homme aux femmes), aux relations de groupe. A noter que le Psychanalyste Didier Anzieu dans "Le groupe et l'inconscient - l'imaginaire groupal" Collection Psychismes, Editions Dunod (1984) ; présente de nombreuses interférences entre l'imago paternelle et les attentes spécifiques d'un membre envers le groupe et envers son responsable.


Eléments constitutifs de l'imago de groupe


Pour Eric Berne l'imago de groupe est "toute image mentale, consciente, préconsciente ou inconsciente, de ce qu’un groupe est ou devrait être". L'imago résulte de prises de positions (émotions, généralisations, convictions, décisions) fondées sur :

  • les besoins qui ont été satisfaits ou non par les leaders (figures d'autorité) et par les membres des groupes dans lesquels nous avons été intégrés tout au long de notre vie. Il s'agit des besoins existentiels (Be, Become, Belong - Carlo Moïso), des besoins psychologiques (stimulation, structure, reconnaissance - Eric Berne) et des besoins relationnels (sécurité, validation, acceptation, confirmation, expression de son identité, impact, initiative du contact, expression de la gratitude - Richard Erskine,
  • les désirs qui ont été pris en compte, exprimés ou non,
  • les expériences que nous avons vécues, agréables, difficiles ou traumatiques.

L'imago prévisionnel (selon le mot de Philippe Ducatteeuw, Analyste Transactionnel français spécialiste de l'oeuvre de Berne) est celui que nous portons avant d'entrer dans le groupe. Il s'est bâti au fil de nos premières expériences de vie en famille, dans l'école et dans chaque groupe auquel nous avons appartenu. Lorsque nos besoins ont pu être satisfaits, nous avons pu apprendre à vivre en groupe, à nous adapter au groupe et à ses contraintes (dans le sens positif et nécessaire du terme qui nous conduit à mettre de cotés certaines de nos aspirations pour appartenir, être en lien et travailler aux objectifs communs) et à tirer profit des aspects positifs des relations au sein des groupes. 

Dans ce cas, les mémoires émotionnelles que nous aurons conservé seront joyeuses ou sereines. Dans le cas contraire, nous emportons avec nous dans chaque groupe au moment de notre entrée, nos peurs, nos colères, nos blessures, nos hontes et sentiments d'inadéquation. Ces expériences et sentiments nous amènent à imaginer / fantasmer le leader, les membres et les relations que nous aurons avec lui / avec eux, pour confirmer notre cadre de référence.


L'imago inclut les croyances, les attentes illusoires et réelles issues des expériences précédentes de la personne (tous les groupes dans lesquels elle a vécu ont pu la marquer) depuis le groupe d'origine : la famille. Chacun a eu de nombreuses expériences de vie de groupe où il a pu confirmer sa position. 
Pendant la scolarité Jules a pu être chahuté par les autres enfants, ne pas apprendre à se défendre, à se positionner, ne pas oser rechercher d'aide. Dans cette hypothèse, il va se forger certaines croyances qui interféreront ensuite sur sa représentation des groupes dans lesquels il entrera : "je ne suis pas fait pour vivre en groupe" ; "personne ne peut me protéger" ; "le groupe c'est la loi de la jungle, seuls les plus forts y ont leur place" ; "pour être accepté il faut se faire tout petit". 
Chacune de ces croyances, constituant son imago de groupe va le conduire à un positionnement personnel face aux autres, à l'adoption de rôles, de masques particuliers qui l'amèneront à agir avec des comportements spécifiques. Par exemple il pourra rester en retrait lors de l'expression de points de vues différents, être effrayé par les conflits, être silencieux lors des travaux en grand groupe, prendre la parole à tout moment, chercher à contrôler l'activité des autres. Il vivra également des émotions en rapport avec ces croyances, peur lors de l'arrivée dans le groupe, peur lorsque quelqu'un lui demandera son avis, colère de ne pas voir ses propositions acceptées.

Chaque personne présente dans un groupe a son propre imago de groupe. L'imago de groupe n'est pas l'image commune d'un groupe, mais l'image que chaque personne se fait du groupe et de ce qu'il devrait être.


Structure privée

La structure privée, telle qu'elle apparait au travers des imagos de groupe des membres assigne à chaque personne une place spécifique dans le groupe. "Voici comment se forme l'imago de groupe. Les membres sont répartis selon des positions préparées à l'avance {...}. Ces positions sont émotionnellement marquées par les expériences passées de l'individu." {EB}. Chacun peut ainsi affecter une place à son frère, ses soeurs, sa mère, son père, voire au professeurs de physique de 4ème si terrifiant.


Si Jules a vécu depuis son enfance des relations difficiles aux figures d'autorité, lorsqu'il rentre dans l'entreprise, son imago est constituée en référence à ces difficultés et il imagine le leader comme ne pouvant pas répondre à ses besoins de sécurité ou de reconnaissance. Par cohérence, et pour conserver intact son cadre de référence, il adopte des comportements qui l'amèneront, par des jeux psychologiques avec le leader, à confirmer ses croyances. Il sera licencié après avoir déstabilisé le leader lors de plusieurs réunions de direction.

Un des éléments centraux de sa participation au groupe (de son engagement diront certains) est ainsi la manière dont Jules imagine ses relations au leader, par exemple au travers de certaines questions (conscientes ou non) : qu'attend-il de moi ? Comment le satisfaire ? Comment saura-t-il que je fais bien ? Comment va t-il me satisfaire ? Qu'est-ce que nous allons faire ensemble ? Vais-je pouvoir exprimer mes caractéristiques, mes compétences, mes désirs, mes besoins ? Partageons-nous des objectifs en commun ? Y-a-t-il des gens avec lesquels je vais être content de travailler ? La difficulté pour Jules c’est qu’il répond à ces questions par des croyances négatives sur lui et sur les autres.

A l'origine Eric Berne emploi ce concept pour identifier dans les comportements des membres du groupe ce qui est scénarique (lié aux expériences antérieures ayant bloqué la croissance) et ce qui est Adulte et ainsi proposer des interventions thérapeutiques adéquates. Si ce concept a prouvé sa validité dans la thérapie de groupe, il est indispensable aux coachs, formateurs, managers qui ont à faire avec les groupes et l'évolution des personnes au sein de ceux-ci. Lorsque l'ajustement d'imago ne se fait pas, le groupe ne peut pas évoluer et mettre en oeuvre de la coopération. "Une mauvaise gestion des périodes critiques de son existence peut affecter son fonctionnement futur" Petruska Clarckson {PC}.


L'ajustement d'imago


"Chaque membre entre dans le groupe muni de :

  • un besoin biologique de stimulation,
  • un besoin psychologique de structuration du temps,
  • un besoin relationnel d'intimité,
  • un besoin nostalgique de relations structurantes,
et une série provisoire d'attentes basées sur son expérience passée. Sa tâche consiste ensuite à ajuster ses besoins et ces attentes à la réalité qui lui fait face." {EB} (Traduction présentée dans la traduction de l'article de Petruska Clarkson {PC}, légèrement différente de celle du livre de Berne publié en français).

L'ajustement de son imago de groupe va permettre à une personne de rendre de plus en plus cohérente ses représentations du fonctionnement du groupe, des relations avec les autres membres, des relations au leader et entre les membres, en s'adaptant à la réalité telle qu'elle la perçoit. L'imago de groupe de chacun va donc évoluer en fonction du temps passé dans le groupe, elle va passer par des phases d'ajustement plus grande et selon les évènements par des phases de régression (retour vers des images plus archaïques), particulièrement lors de nouvelles entrées dans le groupe ou de changement de leader.

La personne va d'une certaine manière mettre de coté son image inconsciente du groupe faite de mémoires d'expériences anciennes pour y substituer une représentation de la "réalité" du groupe telle qu'elle la perçoit. C'est l'adaptation (l'ajustement au réel) de l'imago de groupe de Jules par sa confrontation au réel qui va lui permettre d'évoluer dans le groupe. Si, lors de son entrée dans le groupe, il a la croyance que le leader cherchera à le déstabiliser, lui faire honte ; il lui donne une place provisoire en fonction de son scénario. Dans ce cas l'adaptation consistera, en fonction des relations réelles avec le leader à lui accorder une place plus conforme aux réels échanges. Pour s'ajuster, il sera nécessaire pour lui d'accepter de lâcher certaines attentes, certaines croyances et certaines de ses caractéristiques propres, certains de ses désirs, de ses attentes scénariques, de laisser de coté l'affirmation de certains de ses besoins, au bénéfice de son appartenance.

Lors de son arrivée dans le groupe de supervision, Marinette intervient pour donner son point de vue de manière rapide, elle quête l'approbation du superviseur ou de certains membres du groupe. Elle monopolise régulièrement la parole, critique les modes d'organisation. Quelques séances seront nécessaires pour qu'elle prenne la parole plus tranquillement, donne des avis plus nuancés et accepte la contradiction ou les précisions du superviseur.

Ajustement d'imago et scénario individuel

Chaque membre du groupe va ajuster ses comportements en fonction de la nature de l'imago qu'il s'est construit. Berne parle d'adaptabilité et de flexibilité. Ces deux qualités permettent à la personne de mettre en relation son scénario avec le fonctionnement réel du groupe.
Pour accepter une place de premier ministre avec notre actuel président quelles sont pour vous les qualités nécessaires ? Dans ce groupe particulier, le gouvernement, il est nécessaire d'être très adaptable pour accepter les changements de cadre, d'objectifs, d'organisation, les nouvelles personnes choisies par le leader qui vont prendre des responsabilités. Quelqu'un qui ne serait pas adaptable ne peut pas rester dans le groupe à long terme, car son scénario va l'amener à prendre des positions contraires au leader ou à vivre des souffrances importantes, tiraillé qu'il sera entre son envie de répondre à ses propres objectifs et valeurs et son envie de participer, de faire partie.
L'ajustement d'imago, c'est le travail (non conscient) que mène le membre du groupe pour ajuster son scénario au fonctionnement perçu du groupe.
Dans le scénario de Jacques, les leaders ne sont pas fiables (un père absent et soumis à son épouse ; une mère arbitraire, jalouse de ses réussites), lorsqu'il rentre dans un groupe, il a très rapidement des attitudes rebelles, il cherche à s'opposer au leader, à mettre en place des situations qui le confirmeront dans son attitude. Lorsqu'il débute une formation de coach avec Philippe, son imago de groupe comporte cette croyance sur le fonctionnement des groupes, souvent remise à jour dans les formations qu'il a déjà suivi. Mais la relation avec Philippe est excellente, il va donc modifier son imago de groupe (particulièrement ses croyances sur le leader) et ainsi s'adapter au groupe, par exemple accepter une relation sans bagarre avec Philippe ; accepter de confronter le leader sur ses incohérences, sans le dénigrer ; ce faisant, il fait bouger son scénario.

C'est l'ajustement complet de l'imago qui va permettre d'appartenir au groupe, de s'y investir au bénéfice du groupe et de coopérer avec le leader dans une étape d'inter-dépendance. A cette phase, le scénario de la personne n’est plus actif, l’Adulte est présent et l’adaptation est dite secondaire.

Eric Berne distingue ainsi quatre phases dans l'ajustement d'imago de groupe.



Les phases de l'ajustement d'imago

"Une image de ce à quoi le groupe va ressembler et de ce qu'il peut espérer en retirer{EB}

Lorsqu'une personne entre dans un groupe, elle a un imago vague et indifférencié, 

"un mélange vague de fantasmes de l'Enfant et d'attentes Adultes fondées sur les expériences antérieures" {EB}
 Elle est capable de distinguer les hommes des femmes et de reconnaître la personne qui l'a recrutée ou introduite dans le groupe. Pour le reste, elle ne sait pas qui est qui et il y a de grandes chances qu'elle ne connaisse pas grand chose des objectifs et aspects personnels de chacun dans le groupe. Elle va donc, soit rester en retrait et attendre qu'on vienne la chercher pour participer aux activités, soit chercher à obtenir de l'information, comprendre qui est le leader, identifier certains éléments de la culture. Pendant cette période, la part de son imaginaire va être dominante par rapport à sa connaissance du réel. 

La personne va principalement s'investir dans la relation sous la forme de rituels (présentations, échanges de salutations). Sa participation au groupe va dépendre des stimulations du leader et des membres du groupe, elle va "faire ce qu'on lui demande" dans la mesure du possible. Une part de son énergie est investie dans la connaissance de la personne du leader, des frontières du groupe et de l'activité spécifique du groupe. Pendant cette période, elle va fantasmer les règles fondamentales du groupe, elle s'attend à rencontrer les mêmes limites que dans ses expériences antérieures.

Christelle est formatrice en management, elle a une grande expérience du management, une formation de coach, une expérience du conseil, mais elle a animé peu de formations. Elle débute une formation auprès de managers d'équipes opérationnelles dans une grande entreprise industrielle. Lors du tour de table, un des participants lui dit : " J'espère que ça va saigner pour qu'on puisse tirer profit de cette formation. " Christelle est surprise et légèrement déstabilisée. Ce stagiaire est en train de lui donner une information importante sur son imago de groupe en situation de formation, il lui indique le rôle qu'il lui a réservé (celle qui fait saigner) et par là-même signifie aux autres membres le rôle qu'il leur réserve (ceux qui saigneront avec lui). A ce stade il est trop tôt pour savoir si ce stagiaire jouera un jeu psychologique lorsqu'il verra qu'il n'est pas question de "saigner", mais de développement professionnel et de formation ou bien s'il sera capable de s'adapter.

Pour Berne, lors de cette phase les membres du groupe sont principalement centrés sur le leader, dont ils observent les comportements, la manière de nouer des relations et les relations qu'il entretien avec chacun. Ils sont dépendants de normes ou de consignes claires du leader ou d'autres membres pour leur action. C'est la place spécifique du leader que Berne symbolise dans le schéma de l'imago avec la position au dessus des membres. Les autres places permettent à chacun de situer transférentiellement les autres membres de sa famille ou de son histoire. 

Nolwenn est une formatrice aguerrie, elle participe depuis plusieurs mois à un groupe de supervision de la pratique. Elle décrit à la fin de plusieurs séances combien elle vit des tensions dès lors qu'elle est dans le groupe. Elle peut nommer que ces tensions augmentent lorsqu'elle entend parler Martine. Elle peut identifier combien elle lui fait penser à sa soeur ainée et combien elle se sent inférieure et limitée. 
Pour avoir été moi-même beaucoup dans des groupes de formation en analyse transactionnelle avec plusieurs formateurs, j'identifie combien de fois le transfert latéral se portait sur moi par exemple "tu es comme mon frère tu as toujours raison". 

Lorsqu'une personne reste "bloquée" dans cette phase d'ajustement, elle ne pourra pas créer des relations Adulte - Adulte avec le leader et considérera la plupart des transactions du leader comme émanent de son Parent.

Luigi est en reconversion professionnelle, il se forme à l'analyse transactionnelle. Lors des premières sessions de formation, il s'oppose violemment au formateur qui lui propose un exercice légèrement impliquant, lorsque le formateur lui montre une attention plus poussée, lorsqu'il tente de lui donner de l'information sur la théorie qui n'est pas conforme à ce qu'il sait déjà. Ses réactions avec l'Enfant adapté rebelle montrent que son imago est resté dans une première phase d'adaptation.

Imago de groupe adaptatif


Petit à petit la personne va rencontrer d'autres membres du groupe, parler avec elles, parler partiellement d'elle même, les écouter, le tout sous la forme de passe-temps. Elle va ainsi développer une estimation Adulte (superficielle dit Berne) des autres personnes telle qu'elle les voit agir, se comporter. Elle pourra également entendre puis comprendre ce qui est important dans le groupe en question, approfondir ses représentations du leader et des relations qu'il entretien avec les membres. Elle prendra de plus en plus en compte la réalité de la situation telle qu'elle l'observe. Son imago va devenir partiellement différencié ou adaptatif. La personne s'adapte au groupe et aux situations proposées. Dans ces deux premières phases, le leader va pouvoir observer des comportements de séduction, de blocage de la pensée ou de l'action des membres, de dépendance, de rejet de ses propositions et de recherche d'explications sur la culture et le fonctionnement du groupe. 


Imago de groupe opératif


Puis la personne va chercher à développer sa relation au leader au travers de jeux psychologiques, elle va tester le leader pour savoir si elle peut lui accorder sa confiance et s'engager plus avant dans la relation. "L'imago du membre du groupe ne peut devenir opérative que s'il pense connaitre sa place dans l'imago de groupe du leader" {E}. 

Cette phase est bien connue des formateurs, généralement au début de la seconde journée de formation, les remises en causes débutent. 


Lors de la seconde des trois journées du premier module, un participant s'adresse à Christelle avec le discours suivant : "Christelle, c'est vraiment passionnant ce que vous nous enseignez, j'adore les concepts sur le respect des collaborateurs, hier la position de vie ok, ok, j'ai trouvé ça excellent. Je me demandais juste pourquoi ce n'étaient pas nos chefs qui étaient en formation ?". Un second participant insiste "Moi aussi, j'ai vraiment trouvé tout ce que vous avez raconté très intéressant. Mais je me demandais, vous ne nous avez pas dit hier si vous avez été manager, parce que moi je trouve que c'est un peu théorique et pas vraiment appliqué à notre métier de manager ingénieur". Ces remises en cause sont quelquefois difficiles, mais lorsque cette étape est traversée, les participants vont pouvoir s'engager pleinement dans leur relation au leader.


Selon l'habileté du formateur et sa maîtrise, cette phase de l'ajustement d'imago va durer ou non. Berne a nommé cette phase l'imago opératif. François Delivré utilise l'image de la planche à secousse. Tout manager doit savoir que cette phase est une étape de croissance normale de la personne dans le groupe.

Imago de groupe secondaire




Dans beaucoup de groupes l'ajustement de l'imago de groupe s'arrête à l'une des trois premières phases, souvent parce que le leader ne fait pas ce qui est nécessaire pour aider les membres du groupe à aller plus loin ou parce que la culture du groupe ne le permet pas. Pour Eric Berne, la dernière phase de l'ajustement de l'imago s'appelle secondaire. 


"A ce stade le membre du groupe abandonne ses propres jeux psychologiques pour jouer ceux du groupe" {EB}.
La personne connaît les objectifs du groupe, les membres du groupe, leurs richesses et leur faiblesse, elle a fait le choix du groupe. Elle sait ce qu'elle peut attendre du leader, elle connaît ses objectifs et sa manière de mesurer l'atteinte des résultats. Elle connaît l'appréciation du leader sur ses propres compétences. Lorsque l'ajustement d'imago permet ces partages, chaque membre du groupe connaît les autres membres du groupe au delà de leurs masques, ce qui permet confiance, entraide, mutualisation des réussites et des difficultés. Lorsque cette étape est franchie, une coopération réelle peut s'installer entre les membres du groupe, menant à une possible intimité ou proximité relationnelle. Plusieurs articles de ce blog détaillent ce qu'est l'intimité dans le groupe.

Rôle du leader dans l'ajustement d'imago



"Quel que soit le groupe dont nous sommes leader, les personnes qui y participent ont déjà été formées et affectées par des expériences de groupe antérieures"{PC}
Le leader a la responsabilité d'organiser son groupe pour permettre l'ajustement d'imago des membres. Pour cela, il va intervenir pour permettre le passage des différentes étapes d'ajustement telles que décrites par Eric Berne.

Imago provisoire


Pendant cette période, les membres peuvent ressentir de l'anxiété, voire pour certains de l'angoisse. Le besoin central des membres du groupe est un besoin de sécurité. La tâche centrale du leader est de créer de la sécurité et pour cela, il a un certain nombre de tâches à accomplir, qui sont pour Petruska Clarkson : 

  • gérer le processus externe, en montrant qu'il ne laissera pas l'environnement mettre une pression telle que le groupe éclaterait, 
  • définir les frontières majeures interne et externe (définir comment est constitué le leadership et pourquoi, clarifier comment les membres du groupe sont intégrés, qui est qui, quels sont ses rôles), 
  • clarifier les contrats entre les membres et le leader, (clarifier les différents aspects du contrat tripartite lorsque nécessaire), 
  • clarifier les règles essentielles de fonctionnement. 

Le formateur et la création d'un groupe


Lors de la formation d'un groupe, le formateur expérimenté passera du temps à présenter le programme, indiquer qui il est, pourquoi il est là, quelles sont les règles de fonctionnement du groupe. Il se souciera des personnes en retard ou absente, précisera s'il a des informations ou non. Il permettra aux membres de se présenter socialement, de définir leur contexte, la raison de leur présence. Toutes ces activités correspondent aux tâches décrites par Petruska Ckarkson. Si l'anxiété des membres est grande, les informations communiquées par le formateur ne seront pas comprises, mais c'est plus sa présence rassurante et le masque positif qu'il montrera qui fera effet.

Dans un groupe qui débute, où les membres se rencontrent pour la première fois, le temps d'inclusion (selon le mot choisi par Shutz) est essentiel, chacun va commencer à percevoir la personna (le masque social) des autres au travers du temps de présentation, c'est une étape essentielle, car elle permet de débuter la compréhension de l'histoire que chacun propose pour lui (identité narrative sociale). Si de plus le leader met en oeuvre une vrai écoute et fait des liens avec sa propre histoire, il montre une facette de sa personnalité qui permet de clarifier sa place dans l'imago de groupe de chaque membre. Comme le précise Gilles Pellerin (analyste transactionnel spécialiste du changement et du management relationnel) ce qui n'est pas dit et connu du groupe au moment du tour de table sortira plus tard. Le temps passé à la constitution du groupe n'est jamais du temps perdu.

L'intégration d'un nouveau salarié

L'intégration d'un nouveau salarié nécessite qu'il puisse acquérir le plus rapidement possible les informations qui lui permettent de se sécuriser : qui est qui ? qui fait quoi ? qu'est ce qu'on est sensé faire ensemble ? qu'est ce qui me fera être accepté ? 

Le démarrage d'un groupe de travail

Marielle débute toujours une réunion de travail par une question "qu'est ce qui a été important pour vous pendant les semaines passées ?". Bern posait quant à lui la question : qu'est-ce qui pourrait vous empêcher de mettre votre Adulte au service de l'activité ? Ce qui permet à chacun d'exprimer en quoi il est différent de lors de la dernière séance. Le monde bouge, notre vie professionnelle comporte de nombreux évènements qui nous amènent à ressentir des émotions. Un partage, même restreint permet de débuter l'activité.

Partage de représentations

Pour aider à l'ajustement d'imago, il est important de partager, dans un groupe qui veut atteindre à une forme d'intimité, une bonne connaissance des visions de chacun, des objectifs, des compétences, des capacités, des difficultés. Ceci doit être favorisé par le leader au travers de chaque rencontre des membres du groupe. Quelques exemples d'actions possibles : 
  • interroger au début d'une réunion une personne qui donne peu son avis, 
  • fêter les évolutions et réussites de chacun, 
  • permettre à quelqu'un qui revient d'une formation de restituer les idées clées de la formation, 
  • demander aux personnes ce qui est important pour elles dans leur activité, ce sur quoi elles réfléchissent, 
  • profiter de chaque occasion pour libérer la parole sur les multiples identités de chacun... 
SI vous voulez, au sein de votre équipe mesurer le degré d'ajustement d'imago de chacun, vous pouvez leur demander d'écrire, dans le secret de leur bureau, pour chaque membre de l'équipe :
  • —Nom, prénom, aspects sociaux, 
  • —Son histoire professionnelle, 
  • —Ses qualités, 
  • —Les valeurs qu’il (elle) défend / ce qui est important pour lui (elle), 
  • —Ses limites et difficultés, 
  • —Son rôle dans le groupe, ses responsabilités, 
  • —Ses objectifs par rapport au groupe, 
  • —Ce qu’il apporte de spécifique dans le fonctionnement du groupe. 

En incluant évidemment le leader dans la boucle. La prise de conscience des écarts permet de mesurer l'ajustement d'imago de la personne. Quelquefois les difficultés portent sur la définition des qualités, d'autres fois de la contribution, d'autre fois des défauts. Les éléments qui manquent montrent que je ne connais pas suffisamment la personne pour pouvoir coopérer pleinement avec elle.

Bibliographie :

  • {EB} Eric Berne : Structure et dynamique des groupes et des organisations, Editions d’AT , Lyon (2005),
  • {CM} Carlo Moïso : Besoins d'hier et besoins d'aujourd'hui, Editions d'AT, Lyon, 2010
  • {RE} Richard Erskine : Méthodes pour une psychothérapie intégrative - traduction Hélène Cadot http://www.integrativetherapy.com/fr/articles.php
  • {PC} Petruska Clarkson : L'imago de groupe et les étapes de son évolution, AAT, 73, 1995, pp 5-20

Références


Pour aller plus loin 

Daniel Chernet
Coach
Facilitateur du travail d'équipes
Formateur et Superviseur de coachs
2008 - compléments 2016

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