10 juil. 2007

Quelques éléments de la légitimité du coach débutant

Rubrique : posture et outils du coach



Quelques éléments de la légitimité du coach débutant



Ce texte a été rédigé à partir des réflexions menées avec Christophe Belud et Michel Queyraud dans le cadre d’un groupe de réflexion de coachs.



Tout formateur de coach, tout superviseur de jeune coach aura nécessairement à faire avec la question de la légitimité posée par ses élèves (trainees dans le jargon anglo saxon utilisé par les analystes transactionnels).



Est légitime (ce) Qui est fondé en droit ; qui est justifié par le bon droit, la raison, le bon sens. (Robert) ; à rester sur cette définition, le coaching n'est pas une discipline réglementée, il ne peut donc y avoir de légitimation externe par la loi, la légitimité réside dans ce cas dans la vision qu'à le coach de sa justification à exercer ce métier et pour les client la légitimité réside dans les justifications qu'ils peuvent se donner à choisir tel ou tel coach.

La question de la légitimité que se pose chaque coach débutant est bien naturelle (le débutant manque de pratique et d’expérience) et il semble que ne pas se poser cette question relève de la méconnaissance et de la toute puissance.

« Le coach s’autorise en conscience à exercer cette fonction à partir de sa formation, de son expérience et de sa supervision » dit la charte déontologique de la SF COACH. Cette phrase traduit pour moi l’ambiguïté de la relation du coach à sa légitimité, il ne sera réellement coach que lorsqu’il l’aura décidé, en toute légitimité interne, mais dans une autre dimension, il aura beau se sentir légitime, il ne le sera dans son environnement que si celui-ci lui reconnaît l’autorité de sa position de coach. Pour la plupart des donneurs d’ordre, une formation reconnue et l’appartenance à un organisme professionnel sont les éléments essentiels de cette autorité.

Qu’est-ce qui peut porter atteinte au sentiment de légitimité ?

Nous avons choisis trois thèmes, il y a en a de nombreux autres, dans les limites que nous vivons de la « confiance en soi » et dans la manière dont nous gérons les échecs et les réussites.

Comparaison avec ses formateurs.



Lors de ma propre formation, j’ai connu un moment de lassitude (après un grand temps d’envie) lorsque j’ai constaté avec quelle aisance mes formateurs maniaient les concepts, peaufinaient des interventions, disaient des choses tellement justes et importantes, trouvaient la réplique immédiate dans des situations difficiles. Alors qu’il me fallait un temps fou pour trouver une phrase qui sonnait juste.


Quel que soit l’objet de la comparaison, c’est la comparaison qui pose problème, sans comparaison, avec une juste mesure de sa propre compétence, de ses propres ressources, plus de problème. Apprenons à relativiser la comparaison, à comprendre que chacun de nos maîtres ou formateurs a eu lui aussi des périodes d’apprentissage, des périodes de doute. Sachons aussi comprendre que si d’autres sont plus compétents dans tel ou tel domaine, ils ont aussi leurs carences, leurs zones de trouble et leurs limites.

Voyons enfin que chaque personne qui se met réellement dans une posture de coach pourra faire avancer son client, sans doute sur des niveaux différents et avec des résultats différents. Il est sûr (par le fait transférentiel) qu’une heure de coaching avec l’un des grands noms permettra à un client d’aller plus loin et plus vite qu’avec un coach moins expérimenté, mais cela ne doit pas masquer le progrès que le client fera avec le coach moins expérimenté. La relation de coaching est une relation sur la durée, là où un superviseur en une séance de 20 mn doit permettre à la personne en formation de franchir une étape, il est possible dans une relation de coaching de revenir sur ce qui a été fait et dit, de creuser dans une prochaine séance des aspects ignorés. Mais cela demande au coach de prendre le temps de réfléchir à la séance et de retravailler sur celle-ci.

Sentiment de solitude et absence de liens dans une continuité.



Gérard est coach, il se sent seul, car sa formation n’a pas eu lieu dans une école qui aurait pu, par une certification lui donner une légitimité. Il fait rapidement le lien avec la globalité de sa vie, il est un self made man, il se décrit comme un autodidacte. Une partie de sa difficulté a trait avec l’absence de diplômes, il le sait et a déjà réalisé un travail thérapeutique sur ce thème ; néanmoins, il lui reste une difficulté à se sentir en lien avec les autres coachs certifiés. Il se sent seul et différent. Le travail consiste avec lui à définir ce qu’Eric Berne appelle le diagramme d’autorité.


Après ce travail, il se sent relié à de nombreux auteurs qu’il a lu, apprécié et avec lesquels il a conforté son expérience de la vie et du monde professionnel. L’analyse transactionnelle est son cadre de référence, en prenant le temps de réfléchir à ce qui le fonde, il a pu voir comment l’analyse transactionnelle prenait place dans le schéma d’intervention qu’il a créé à partir des travaux de François Délivré et de Vincent Lenhardt.


L’appartenance à une école donnée et la certification ne suffit pas à la légitimité, même si elle peut pour certain être un point d’ancrage important.

Désir de perfection et vision exclusive des manques



Le désir interne (ou la pression interne) de perfection et de total achèvement est très influent chez de nombreuses personnes et empêche le démarrage de l’action. La croyance interne est qu’il n’est pas possible d’être efficace tant que « tout n’est pas parfait ou réalisé ». Pour paraphraser Winnicott, l’objectif n’est pas d’être un coach parfait, mais d’être un suffisamment bon coach.

Avoir une vision positive de soi même, de ses compétences et de ses limites est un garant de sa capacité à progresser. On apprend autant sans doute de l’analyse de ses réussites que de l’analyse de ses échecs. Faire preuve envers soi même de bienveillance est un gage d’être capable de le faire envers ses clients.


Quelques points clés pour une légitimité interne


  • Etre au clair avec le pourquoi du choix de ce métier (qu’est- ce qui m’a poussé) et le pour quoi (quelle est ma vision de ce métier)

  • Etre capable de nommer la cohérence entre sa position de coach, son expérience de vie et son expérience professionnelle

  • Disposer d’une formation adéquate (interventions, psychologie, théorie des organisations)

  • Savoir réellement écouter et se taire

  • Disposer d’une expérience de l’entreprise et des organisations

  • Etre passé par la thérapie, avoir été coaché, avoir été supervisé

  • Travailler en groupe de pairs,

  • Réfléchir à sa manière de mener le coaching, aux interventions que l’on a fait, rechercher des options de travail nouvelles

  • Etre supervisé.
Vous pouvez aussi poursuivre votre réflexion avec un autre article :


Daniel Chernet
Coach
Facilitateur du travail d'équipes
Formateur et superviseur de coachs
2007



2 commentaires:

Philippe Aerts a dit…

Bonjour Monsieur Chernet,

En recherche de documentation sur la profession de coach et plus particulièrement sur les débuts d'activité, je viens de découvrir votre texte sur la légitimité du coach débutant.
Je suis des formations en coaching depuis plus de 4 ans (coaching d'insertion et jobcoaching, coaching mental, coaching de vie et enfin coaching scolaire; je termine cette formation au mois de juin et je l'ai commencée en septembre dernier.
Je me retrouve totalement dans vos propos et je m'étonne qu'ils n'aient pas suscité d'autres commentaires.
Je traverse actuellement cette période de solitude et je me pose énormément de questions par rapport aux formations, mes capacités, à la façon de démarrer mon activité... et j'ai du mal à partager mes préoccupations.
Je confirme que ce sont des périodes difficiles à vivre et l'on ne trouve pas nécessairement une oreille bienveillante.
Alors, je voulais simplement vous dire que de pouvoir lire vos propos me réconforte déjà un peu et que je vais lire la suite de votre blog.

Sincères salutations

Philippe Aerts

Belgique

daniel chernet a dit…

Merci pour ce partage.