2008/11/25

le coach et les modèles (1)


Etre coach, ce n’est pas simplement accompagner une personne à partir d’une position sincère d’écoute et d’une vraie volonté de l’aider.

La plupart des coach utilisent des modèles conceptuels pour pouvoir clarifier les situations qu’ils rencontrent, les modéliser, leur donner du sens et déterminer une direction à son action. Ils ont besoin d’établir des stratégies d’intervention, qui vont permettre de guider le client dans son chemin d’autonomie. Quelques soient les styles d’accompagnement prônés par les coachs -certains coachs prôneront une attitude non directive, d’autres seront partisans d’intervention paradoxales, d’autres d’explications sur les phénomènes intrapsychiques et la cognition… -chacun fera la liaison avec des théories du fonctionnement humain (psychologique ou social), des théories de la personnalité ou des théories de l’accompagnement. Pour cela ils disposent de modèles explicatifs.


Les modèles les plus classiquement rencontrés portent sur le fonctionnement de la conscience et des systèmes émotionnels, les relations entre les personnes, la psychopathologie, la psyché humaine, l’organisation des groupes, le leadership, la connaissance et la prise d’information concernant la réalité externe et le monde, la construction de l'identité… Les modèles sont issus des recherches en psychologie, en sociologie, en psychanalyse, en médecine, en sémantique, en philosophie… ou issus d’expérimentations et de connaissances de sens commun. Il n’existe pas d’intervention sans modèle. Peut-être certains coachs ne seront pas conscients à un moment donné du modèle qu’ils emploient, mais celui-ci pourra apparaitre à un observateur extérieur, au travers des manières d’intervenir, de nommer les difficultés, de se positionner face à son client.



  • Marine est une coach formée à l’ennéagramme, elle utilise ce cadre de
    référence pour analyser la personnalité de son client et définir une
    problématique sur laquelle elle pourra travailler. Au cours de son travail, on
    peut entendre des mots comme « mécanisme, fierté, involution, évolution,
    typologie… ». Marine interviendra à partir d'une connaissance partagée avec le client de son mécanisme d'échec.


  • Arthur est un coach formé à l’analyse transactionnelle, au
    cours d’un travail d’accompagnement, on peut entendre des mots comme
    « drivers, transaction, redéfinition, méconnaissance… ». Il utilise une théorie complète de la personnalité, des besoins des hommes, des relations.


  • Nicole est une coach qui utilise préférentiellement l'approche narrative, au cours de son intervention, on va entendre des expressions comme "histoire préférée", "ce qu'il est possible de connaitre", elle va aider son client à "externaliser son problème". La théorie qu'elle utilise l'amène à savoir que chacun de ses clients a de multiples identités, toutes sociales, liées aux relations nouées. Elle n'utilise pas de théorie de la personnalité, mais dispose d'une ''théorie de la pratique'' clarifiant les modes d'intervention et de résolution des difficultés.


  • Chacun va aider son client en dessinant (ou non comme nous venons de le voir) une carte de la personnalité du client différente, en nommant les difficultés de manière différente, en employant des métaphores de la résolution différente et pourtant tous vont permettre au client d’avancer sur son chemin. (En tout cas telle est ma croyance, pour avoir vu les résultats obtenus par les 3 coachs précités et décrits par leurs clients respectifs.)

Ne nous méprenons pas, les modèles ont des avantages et des inconvénients.


La connaissance d’un seul modèle va amener le coach à simplifier à outrance toute situation en la ramenant au seul modèle disponible et ainsi à ne pas prendre en considération (à méconnaître comme le dit l’analyse transactionnelle) des éléments importants de la situation, à simplifier ou à adapter ses perceptions, à trier les informations que son client lui donne pour faire coller le tout au modèle. Même si cette redéfinition ne porte pas à conséquence pour l’accompagnement du client, il y a de grandes chances qu’elle conduise le coach à disposer de moins de créativité, à anticiper beaucoup sur les étapes de l’accompagnement, à ne plus adapter finement ses méthodes aux problématiques du client. Lorsque l’on utilise un modèle, il est important de ne pas perdre de vue deux éléments essentiels : les métaphores ne sont que des métaphores ; la carte n’est pas le territoire.



Les métaphores restent des métaphores, elles ne deviennent pas des choses, des objets réels. Par exemple, pour l'analyse transactionnelle, un état du moi* (un des concepts centraux de cette théorisation) est ‘un système cohérent de pensées et de sentiments qui se manifeste à travers des types de comportements correspondants’. Il n’existe pas de partie du cerveau qui soit un ‘état du moi’, pas de petite boîte avec des états du moi Enfant ou des états du moi Parent. Il s’agit dans cette métaphore de montrer les liens tissés entre des pensées et des émotions, des sentiments lorsque la personne vit des situations spécifiques et le retentissement comportemental de ces pensées et émotions sur sa manière de se comporter, d’exprimer sa personnalité. Un état du moi Parent est ainsi l’introjection de pensées, de sentiments et de comportements montrés par nos parents ou par d’autres figures d’autorité et que nous réemployons aujourd’hui.




  • Norma est une cadre de santé, dans un hôpital important, lorsqu’elle est prise
    au dépourvu dans la relation avec les professionnels de santé de son service,
    elle reproduit les comportements de sa tante qui l’a élevée, elle lève le ton,
    crie, tempête. Elle sait combien cela est douloureux pour son environnement
    professionnel et vient en coaching pour modifier cette situation. Elle n’est pas
    sa tante, mais une part du modèle donné par sa tante est intégrée dans son état du moi Parent.

La carte n’est pas le territoire, cette pensée nous conduit à nous souvenir en permanence que le modèle, aussi complet et intéressant soit-il, reste une description de la réalité et ne pourra jamais représenter toute la complexité de la personne, de sa situation, de sa manière de se raconter et de comprendre le monde.




  • Georges est le patron d’un groupe de distribution qui exploite plusieurs
    grandes surfaces de distribution alimentaire. Il se présente à ses
    collaborateurs sous des facettes d’homme sûr de lui, il utilise
    préférentiellement l’état du moi Adulte, recherche en permanence les
    informations nécessaires pour la résolution des problèmes, prend des décisions respectées. Personne ne lui connait de sentiment. Il est perçu comme peu chaleureux, comme distant et homme de dossiers. Il souffre de cette image, mais ne sait pas comment la modifier. Il choisit de s’engager dans un coaching pour améliorer ses relations avec ses principaux collaborateurs. Après plusieurs séances, la complexité de sa personnalité se fait jour, avec l’apparition de ses peurs, de ses envies, de ses motivations, de son envie de réussir, de la part Enfant de sa personnalité. D’autres séances seront nécessaires pour qu’il présente ses valeurs, les croyances fondamentales qui l’habitent, ce que l'on pourrait caractériser comme son Parent.

Bien choisir le modèle avec lequel on travaille, le creuser le plus possible, permet de comprendre qu'au delà des métaphores, des explications, des définitions du monde, chaque modèle transporte / transmet des valeurs qui méritent d'être mises à jour et validées (ou non) pour son propre usage. Ce n'est pas la même chose d'envisager le monde à partir d'un mode d'explication ou d'un autre, les valeurs humanistes ne sont pas présentes de la même manière dans les différents modèles. Ainsi, pour les analystes transactionnels, chacun dispose en son for intérieur d'un "coeur de prince" qu'il y a lieu de rechercher, de développer, de faire apparaitre.


Bien sûr au delà de ce questionnement sur les modèles utilisées, une remise en cause plus fondamentale peut être faite. C'est d'ailleurs un point que mettent en évidence les constructivistes et autres constructionnistes sociaux : les modèles transmettent des valeurs, des modes de fonctionnement, des attitudes qui sont en lien avec un type de société, de relations de pouvoir, des modes de positionnement du thérapeute (du coach). L'usage de tel ou tel modèle n'est pas neutre, créant sa "réalité" au travers des manières de définir les situations, les enjeux. Ainsi pour Kenneth Gergen : " Les écoles de thérapies affirment le savoir de l'expert. Elles forment les thérapeutes à reconnaitre la cause des problèmes que les gens rencontrent ("les maladies") et à les soigner. Bien sûr la " connaissance " varie beaucoup d'une école à l'autre. Certaines tiennent que les problèmes des individus sont liés à des désirs sexuels refoulés, d'autres les attribuent au manque d'amour de leurs parents, d'autres encore estiment qu'ils sont le reflet d'un sentiment d'infériorité, etc. Bref, le thérapeute qui s'en remet à ces définitions connaît les problèmes du client, avant même d'entre en contact avec lui."


L'espoir réside alors dans la capacité de l'intervenant à ne pas construire de modèle d'explication, mais à voir comment le client construit son propre monde.


Kenneth et Mary Gergen " le constructionnisme social, un guide pour dialoguer". Ed. le Germe

0 commentaires: